Cour d'appel, Toulouse, 1re chambre, 1re section, 20 Mars 2017



n° 15/03706

Cour d'appel

Toulouse
1re chambre, 1re section

20 Mars 2017
Répertoire Général : 15/03706
Numéro d'arrêt : 152

X / Y

Contentieux Judiciaire

20/03/2017
ARRÊT N° 152
N°RG: 15/03706
CM/CD
Décision déférée du 04 Juin 2015 - Tribunal de Grande Instance de Toulouse - 12/01584
Mme G.
SAS CLINIQUE DES CEDRES CAPIO
C/
Elisabeth G. épouse N.
Yves A.-A.
OFFICE NATIONAL D'INDEMNISATION DES ACCIDENTS MEDICAUX
CPAM DE LA HAUTE-GARONNE
CONFIRMATION PARTIELLE
Grosse délivrée
le
à
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
***
COUR D'APPEL DE TOULOUSE
1ere Chambre Section 1
***
ARRÊT DU VINGT MARS DEUX MILLE DIX SEPT
***
APPELANTE
SAS CLINIQUE DES CEDRES CAPIO
[...]
[...]
Représentée par Me Benjamin N., avocat au barreau de TOULOUSE
INTIMES
Madame Elisabeth G. épouse N.
[...]
[...]
Représentée par Me Bruno M., avocat au barreau de TOULOUSE

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Assistée par Me Ghislaine L., avocat au barreau de SAINT-GAUDENS
Monsieur Yves A.-A.
[...]
[...]
Représenté par Me Sabrina V., avocat au barreau de TOULOUSE
Assisté par Me Georges L. de la SCP L. AVOCATS ASSOCIES, avocat au barreau de PARIS
OFFICE NATIONAL D'INDEMNISATION DES ACCIDENTS MEDICAUX
[...]
[...]
Représentée par Me Corinne D., avocat au barreau de TOULOUSE
Assistée par Me Pierre R. de la SELARL M.-R., avocat au barreau de BORDEAUX
CPAM DE LA HAUTE-GARONNE
[...]
[...]
Représentée par Me Olivier T. de la SELARL T. M. B., avocat au barreau de TOULOUSE
COMPOSITION DE LA COUR
Après audition du rapport, l'affaire a été débattue le 7 Novembre 2016 en audience publique, devant la Cour
composée de :
D. FORCADE, président
M. MOULIS, conseiller
C. MULLER, conseiller
qui en ont délibéré.
Greffier, lors des débats : J. BARBANCE-DURAND
ARRET :
- contradictoire
- prononcé publiquement par mise à disposition au greffe après avis aux parties
- signé par D. FORCADE, président, et par J. BARBANCE-DURAND, greffier de chambre.
*******
EXPOSÉ DU LITIGE
Madame Marie Elisabeth G. épouse N., née le 10 juillet 1967, souffrant d'une surcharge pondérale ancienne
en échec thérapeutique, a subi une intervention de sleeve gastrectomie (gastroplastie verticale calibrée avec
résection gastrique) réalisée le 12 mars 2007 par le docteur Yves A.-A. au sein de la CLINIQUE DES
CEDRES à CORNEBARRIEU.
Ayant présenté un nodule douloureux de la paroi abdominale et une reprise pondérale significative, elle a
subi une nouvelle intervention du même type en vue de réduire la poche gastrique dilatée, réalisée le 19
janvier 2009 par le même chirurgien dans le même établissement.
Du fait d'un syndrome infectieux avec dyspnée apparu à son retour à domicile, elle a été admise le 25 janvier
2009 à l'hôpital de SAINT GAUDENS puis transférée à la CLINIQUE DES CEDRES où a été mise en
évidence une infection à streptococcus anginosus du site opératoire, dont l'évolution a été marquée par
diverses complications ayant nécessité, notamment, plusieurs drainages chirurgicaux de l'abcès et tentatives
de couverture du trajet fistuleux par prothèses sous endoscopie, une jéjunostomie d'alimentation conservée
21 mois, une lobectomie pulmonaire inférieure gauche le 27 août 2009 et une gastrectomie totale avec
spléno-pancréatectomie gauche et colectomie partielle le 27 janvier 2011.
Par ordonnance en date du 14 décembre 2010, le juge des référés du tribunal de grande instance de
TOULOUSE a fait droit à sa demande d'expertise médicale au contradictoire de la CLINIQUE DES
CEDRES et du docteur Yves A.-A. ; le docteur Stéphane R. désigné en qualité d'expert a remis son rapport
le 18 juillet 2011 en concluant à une infection nosocomiale d'origine endogène, à l'absence de manquement
dans les soins prodigués et à une consolidation non acquise.
Par acte d'huissier en date du 28 mars 2012, Madame Marie Elisabeth G. épouse N. a fait assigner la S.A.S.
CAPIO CLINIQUE DES CEDRES et le docteur Yves A.-A. devant le tribunal de grande instance de
TOULOUSE en responsabilité et indemnisation de son entier préjudice corporel lié à l'infection nosocomiale
sur le fondement des articles 1147 du code civil et L1142-1 I du code de la santé publique et a appelé en
cause la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne en qualité d'organisme social tiers
payeur.
Par acte d'huissier en date du 31 juillet 2012, la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES a appelé en cause l'Office

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National d'Indemnisation des Accidents Médicaux dit ONIAM afin qu'il prenne en charge l'indemnisation dans
l'hypothèse où le préjudice serait supérieur au seuil de gravité requis par l'article L1142-1 II du code de la
santé publique.
Par ordonnance en date du 20 décembre 2012, le juge de la mise en état a rejeté la demande de provision
de Madame Marie Elisabeth G. épouse N. et la demande de mise hors de cause du docteur Yves A.-A. et a
confié une nouvelle expertise au docteur Stéphane R. qui a déposé son rapport définitif le 20 août 2013 en
confirmant ses conclusions antérieures sur la nature de l'infection et la qualité des soins et en proposant de
fixer la date de consolidation au 23 avril 2012 et d'apprécier le préjudice corporel subi comme suit :
- dépenses de santé actuelles prises en charge intégralement par les tiers payeurs
- frais divers liés à la nécessité pour Monsieur N. de quitter son emploi, à la réduction subséquente de ses
revenus de 50% à compter de février 2010 et aux frais de déplacements pluri-hebdomadaires entre son
domicile et les lieux d'hospitalisation
- arrêt de travail du 23 mars 2009 au 5 octobre 2011 et pertes de gains professionnels actuels liées au
licenciement pour inaptitude avec mise en invalidité à cette dernière date
- déficit fonctionnel temporaire total du 25 janvier 2009 au 28 février 2011 et du 27 octobre au 2 novembre
2011 et déficit fonctionnel temporaire partiel au taux de 60 % du 29 février (sic) au 7 juillet 2011 et de 30 %
du 3 novembre 2011 au 8 mars 2012
- souffrances endurées cotées à 6/7
- préjudice esthétique temporaire coté à 3/7
- déficit fonctionnel permanent au taux de 25 % pour l'insuffisance respiratoire restrictive, les séquelles de la
splénectomie et de la gastrectomie totale, la diarrhée continue imputable à 60 % au fait dommageable, les
séquelles douloureuses de la cicatrice de thoracotomie et les séquelles psychologiques
- préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de pratiquer le tennis et la marche sportive
- préjudice esthétique permanent coté à 2/7
- assistance par tierce personne à raison de 5 heures hebdomadaires
- pertes de gains professionnels futurs depuis le 8 mars 2012.
Par jugement en date du 4 juin 2015, le tribunal a débouté Madame Marie Elisabeth G. épouse N. et la
Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne de leurs demandes à l'encontre du docteur Yves
A.-A., a rejeté la demande de contre-expertise de la CLINIQUE DES CEDRES, a mis hors de cause
l'ONIAM, a jugé que la CLINIQUE DES CEDRES est tenue de réparer la totalité des dommages subis par
Madame Marie Elisabeth G. épouse N. du fait de l'infection nosocomiale survenue après l'opération du 19
janvier 2009, a fixé l'indemnité représentative du préjudice corporel à la somme de 1.174.659,17



, a

condamné la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES à payer à Madame Marie Elisabeth G. épouse N. les sommes
de 386.993,57



en réparation de ses préjudices et de 4.000



au titre de l'article 700 du code de procédure

civile et à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne les sommes de 786.665,60



au titre

de ses débours, avec intérêts au taux légal à compter du 24 septembre 2014, de 1.028



au titre de

l'indemnité forfaitaire de gestion et de 540



au titre de l'article 700 du code de procédure civile, a rejeté

toutes demandes autres ou plus amples, a condamné la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES aux dépens
comprenant ceux de référé, avec bénéfice de l'article 699 du code de procédure civile accordé à la
S.E.L.A.R.L. T. & ASSOCIES, et a ordonné l'exécution provisoire à concurrence de moitié des
condamnations prononcées.
Suivant déclaration en date du 7 août 2015, la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO a relevé appel
général de ce jugement, avant de conclure le 16 octobre 2015 dans le délai de trois mois imparti par l'article
908 du code de procédure civile.
Dans ses dernières conclusions (récapitulatives) signifiées par voie électronique le 15 avril 2016, elle
demande à la cour, réformant le jugement dont appel, au visa des articles L1142-1 et D1142-1 du code de
la santé publique et 246 du code de procédure civile, de :
- à titre principal, compte tenu des doutes avoués de l'expert judiciaire quant au caractère primaire de
l'infection, des lacunes de son rapport, notamment quant à la présence d'amylase dans l'abcès, ce qui induit
à qualifier l'infection de secondaire, et des arguments de deux experts nationaux en faveur d'une infection
secondaire à une fistule, complication habituelle de ce type d'intervention, débouter Madame Marie Elisabeth
G. épouse N. et la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de l'ensemble de leurs demandes, du moins en ce
qu'elles sont dirigées contre elle et la mettre hors de cause
- à titre subsidiaire, ordonner une nouvelle expertise au contradictoire de l'ensemble des parties,
éventuellement sur la seule question de la fistule qui aurait été à l'origine de l'infection

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- à titre infiniment subsidiaire, retenir un taux de déficit fonctionnel permanent compris entre 26 et 35 %,
relevant en conséquence de la garantie de l'ONIAM, statuer ce que de droit sur les postes de préjudices, en
tenant compte des observations formulées dans le corps de la motivation, dire et juger que, conformément à
sa demande, l'intérêt au taux légal servi à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie sera calculé, pour les
prestations non encore versées, à compter du jour de leur paiement à la victime et condamner tout
succombant aux dépens, ainsi qu'à lui verser une somme de 3.500



au titre des frais irrépétibles

- en tout état de cause, condamner Madame Marie Elisabeth G. épouse N., la Caisse Primaire d'Assurance
Maladie de la Haute-Garonne et, le cas échéant, l'ONIAM à lui rembourser les sommes versées à tort ou en
trop au titre de l'exécution provisoire.
Dans ses dernières conclusions (récapitulatives II) signifiées par voie électronique le 3 novembre 2016,
Madame Marie Elisabeth G. épouse N. demande à la cour, au visa des articles 1147 du code civil, L1142-1 I
et D1142-1 du code de la santé publique, de :
- confirmer le jugement dont appel en ce qu'il a dit que la CLINIQUE DES CEDRES est tenue de réparer la
totalité des dommages subis du fait de l'infection nosocomiale survenue après l'opération du 19 janvier 2009,
le réformer sur les montants octroyés au titre du préjudice esthétique temporaire et du préjudice d'agrément,
lui allouer les sommes respectives de 5.000



et de 17.000



, fixer en conséquence, déduction faite de la

créance du tiers payeur, à la somme de 403.492,57



le montant que doit lui verser la CLINIQUE DES

CEDRES en réparation de ses préjudices, confirmer le jugement en ce qu'il a condamné celle-ci à lui verser
la somme de 4.000



en vertu de l'article 700 du code de procédure civile, dire qu'elle devra lui verser la

somme complémentaire de 5.000



à ce titre et dire n'y avoir lieu à nouvelle expertise médicale, l'expert

ayant répondu aux interrogations de tous les intervenants
- subsidiairement, au cas où la cour estimerait que son taux d'incapacité doit être fixé à 35%, dire que
l'ONIAM devra la garantir et porter à la somme de 58.800



le montant dû au titre du déficit fonctionnel

permanent
- très subsidiairement, au cas où la cour considérerait qu'il s'agit d'un accident médical, constater la gravité
de cet accident et dire qu'elle devra être indemnisée au titre de la solidarité nationale
- en toute hypothèse, condamner tout succombant à lui payer la somme de 4.000



au titre de l'article 700 du

code de procédure civile en première instance et celle de 5.000



au même titre en appel, ainsi qu'aux

dépens comprenant ceux de référé et le coût de l'expertise.
Dans ses dernières conclusions signifiées par voie électronique le 26 novembre 2015, la Caisse Primaire
d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne demande à la cour, au visa des articles L376-1 et suivants et
L346-1 du code de la sécurité sociale , de confirmer le jugement dont appel en ce qu'il a fait droit, dans son
principe, à son recours à l'encontre de la CLINIQUE DES CEDRES, de constater que la rente servie à
Madame Marie Elisabeth N. a été revalorisée en application de l'article L346-1 et que l'indemnité forfaitaire a
été revalorisée par arrêté du 19 décembre 2014 , de rejeter la demande de contre-expertise, de dire et juger
que la CLINIQUE DES CEDRES est tenue de réparer la totalité des dommages subis par Madame Marie
Elisabeth N. du fait de l'infection nosocomiale survenue après l'opération du 19 janvier 2009 et d'honorer son
recours, de fixer ainsi qu'il appartiendra en droit commun la réparation du préjudice de la victime au vu du
rapport d'expertise, de constater que sa créance définitive au titre des prestations servies s'élève à la
somme de 796.472,63



et de condamner la CLINIQUE DES CEDRES à lui payer cette somme, avec

intérêts au taux légal à compter du jour de la demande ou du jour du paiement des prestations s'il est
postérieur, et celles de 1.037



au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de gestion qu'elle est en droit de

recouvrer, de 540



sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile en première instance et de

1.000



sur le même fondement en appel, ainsi qu'aux entiers dépens de première instance et d'appel dont

distraction au profit de la S.E.L.A.R.L. T. & ASSOCIES conformément à l'article 699 du même code.
Dans ses dernières conclusions (n°3) signifiées par voie électronique le 4 novembre 2016, l'Office National
d'Indemnisation des Accidents Médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales dit
ONIAM demande à la cour, au visa des articles L1142-1 et L1142-1-1 du code de la santé publique, de :
- à titre principal, confirmer en toutes ses dispositions le jugement dont appel, constater que l'infection
nosocomiale dont a été victime Madame Marie Elisabeth N. est à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent
de 25% et, en conséquence, le mettre hors de cause
- à titre subsidiaire, au cas où la cour considérerait que l'origine des dommages est un accident médical non
fautif, dire et juger que le dommage subi par Madame Marie Elisabeth N. dans les suites de l'intervention du
19 janvier 2009 n'est pas anormal au regard de son état de santé comme de son évolution prévisible, en
conséquence constater que les conditions pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont

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pas remplies, le mettre hors de cause et condamner la CLINIQUE DES CEDRES au paiement d'une somme
de 2.500



sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens.

Dans ses dernières et uniques conclusions signifiées par voie électronique le 5 novembre 2015, Monsieur le
docteur Yves A.-A. demande à la cour, confirmant le jugement dont appel, de dire et juger qu'il n'a commis
aucune faute dans la prise en charge de Madame Marie Elisabeth N. et que les dommages subis par celle-ci
ont été causés par la survenue d'une infection, de débouter la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la
Haute-Garonne de l'ensemble de ses demandes contre lui, de débouter la CLINIQUE DES CEDRES de sa
demande de contre-expertise et de condamner tout succombant à lui verser une somme de 3.000



au titre

de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens de première instance et d'appel.
L'ordonnance de clôture, initialement prévue le 25 octobre 2016, a été reportée au 7 novembre 2016, date
de l'audience de plaidoiries.
MOTIFS
La disposition du jugement dont appel déboutant Madame Marie Elisabeth G. épouse N. et la Caisse
Primaire d'Assurance Maladie de la HAUTE GARONNE de leurs demandes à l'encontre du docteur Yves
A.-A., indemne de toute critique, sera confirmée.
Seules font débat la responsabilité de la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO et, subsidiairement,
l'obligation d'indemnisation pesant sur l'ONIAM en matière d'infection nosocomiale.
Selon l'article L1142-1 I alinéa 2 du code de la santé publique, les établissements, services et organismes
dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins sont responsables
des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère.
En l'espèce, il résulte du rapport d'expertise judiciaire que la patiente était indemne de tous signes infectieux
à son entrée dans l'établissement avant l'intervention du 20 janvier 2009, que les manifestations cliniques
infectieuses (fièvre et dyspnée) sont apparues au 5ème jour post-opératoire, justifiant la ré-hospitalisation,
que le scanner réalisé à l'admission a montré un abcès développé dans le site opératoire, qui a été
ponctionné et drainé, que l'examen bactériologique de cet abcès a confirmé une infection bactérienne à
streptococcus anginosus, les autres prélèvements bactériologiques étant négatifs, que le germe en cause
est généralement considéré comme germe commensal (ou saprophyte) des voies aéro-digestives
supérieures, mais potentiellement pathogène et en ce cas souvent associé à des infections notamment
intra-abdominales, qu'aucun élément ne fait suspecter une cause extérieure à l'établissement et que la
patiente ne présentait pas de facteur de vulnérabilité susceptible de favoriser cette infection.
Sur ce dernier point en particulier, si Madame Marie Elisabeth G. épouse N., qui avait repris du poids depuis
la première intervention du 12 mars 2007, présentait lors de la consultation du 17 novembre 2008 un index
de masse corporelle ou IMC de 36,4 kg/m² correspondant à une obésité sévère, la S.A.S. CLINIQUE DES
LANDES CAPIO ne justifie pas que cet IMC, n'atteignant pas le seuil de l'obésité morbide à 40 kg/m², serait
un facteur de vulnérabilité.
Le premier juge a donc, à juste titre, déduit de l'ensemble de ces indices graves, précis et concordants que
l'infection du site opératoire en cause revêt, nonobstant son origine endogène, un caractère nosocomial en
tant qu'infection associée à des soins contractée dans un établissement de santé.
La discussion qui s'est nouée entre l'expert judiciaire et le docteur Jean-Edouard C., médecin conseil de la
S.A.S. CLINIQUE DES LANDES CAPIO, sur le point de savoir si la communication entre l'abcès et le tube
digestif (ou fistule digestive), qui a été objectivée secondairement au drainage de l'abcès, au 11ème jour
post-opératoire, est une cause ou une conséquence de l'infection du site opératoire est sans incidence sur
cette qualification en ce que, quand bien même l'infection aurait été provoquée par une fistule oesogastrique,
complication chirurgicale de l'intervention de sleeve gastrectomie, elle n'en demeurerait pas moins
consécutive aux soins dispensés au sein de la clinique et ne procède pas d'une circonstance extérieure à
l'activité de cet établissement.
Par ailleurs, au regard de l'article L1142-1-1 1° du code de la santé publique, qui transfère à la solidarité
nationale la charge de réparer les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements,
services ou organismes où sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins dès
lors que ces dommages correspondent à un taux d'incapacité permanente supérieur à 25% déterminé par
référence au barème mentionné au II de l'article L1142-1, l'expert judiciaire a répondu de manière précise et
motivée au dire de la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO relatif à l'évaluation des séquelles, comme l'a
pertinemment relevé le premier juge.
Il y a donc lieu de s'en tenir à son avis proposant de retenir un taux global de 25 %, accepté tant par
Madame Marie Elisabeth G. épouse N. que par l'ONIAM, sans avoir égard à l'addition des taux de 15 % pour

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les séquelles respiratoires, 5 % pour la splénectomie, 15 % pour la gastrectomie totale aggravée par
l'insuffisance pancréatique (sans tenir compte de la diarrhée imputable au fait dommageable à 60 %), 2 à 5
% pour les séquelles de trombose veineuse et 5 à 10 % pour les séquelles psychologiques, avancés par le
docteur Jean-Edouard C. après le dépôt du rapport d'expertise judiciaire sur la base d'un barème distinct, à
savoir le barème indicatif d'évaluation des taux d'incapacité en droit commun issu du Concours Médical
2001.
Par conséquent, le jugement dont appel sera confirmé en ce qu'il a rejeté la demande de contre-expertise de
la CLINIQUE DES CEDRES, mis hors de cause l'ONIAM et jugé que la CLINIQUE DES CEDRES est tenue
de réparer la totalité des dommages subis par Madame Marie Elisabeth G. épouse N. du fait de l'infection
nosocomiale survenue après l'opération du 19 janvier 2009.
Au vu du rapport d'expertise judiciaire, des pièces justificatives produites, de l'âge de Madame Marie
Elisabeth G. épouse N. au moment du fait dommageable et de son activité professionnelle, le préjudice
corporel de celle-ci peut être évalué comme suit, poste par poste, selon la nomenclature élaborée en juillet
2005 par le groupe de travail dirigé par Jean-Pierre D., président de la 2ème chambre civile de la cour de
cassation.

Préjudices patrimoniaux temporaires (avant consolidation)

Dépenses de santé actuelles

L'appréciation du premier juge qui a fixé le montant de ces dépenses, intégralement prises en charge par la
Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne, à la somme de 584.180,31



ne fait l'objet

d'aucune critique.

Pertes de gains professionnels actuels

L'appréciation du premier juge qui n'a alloué à Madame Marie Elisabeth G. épouse N. aucune somme en
complément de sa perte de revenus pendant son arrêt de travail, déjà compensée par les indemnités
journalières servies par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne pour un montant de
29.299,50



sur la période du 23 mars 2009 au 31 juillet 2011, ne fait l'objet d'aucune critique.

Préjudices patrimoniaux permanents (après consolidation)

Assistance par tierce personne

Il est constant que Madame Marie Elisabeth G. épouse N.a besoin d'une aide dans les actes ménagers de la
vie quotidienne à raison de 5 heures par semaine.
L'évaluation du premier juge, basée sur un coût horaire adapté de 15



et distinguant opportunément la

période de 163 semaines écoulée entre la date de consolidation et celle du jugement, qui ouvre droit à
indemnisation à la mesure de la dépense effective de 12.225



, et la période postérieure au jugement, qui

ouvre droit à indemnisation à la mesure de la dépense annuelle de 3.900



capitalisée en viager, le tout

ramené à la somme de 76.273



dans la limite de la demande, sera approuvée.

Pertes de gains professionnels futurs

Madame Marie Elisabeth G. épouse N., déclarée inapte à son poste de monteuse vendeuse en optique de
lunetterie auprès de la MUTUALITE FRANCAISE, perçoit depuis le 1er août 2011 une pension d'invalidité de
catégorie 2 au taux de 50% et subit une perte personnelle de revenus non contestée de 498,12



par mois

après déduction de cette pension.
L'évaluation du premier juge, distinguant opportunément la période de 38 mois écoulée entre la date de
consolidation et celle du jugement, qui ouvre droit à indemnisation à la mesure de la perte effective de
18.928,56



, et la période postérieure au jugement, qui ouvre droit à indemnisation à la mesure de la perte

annuelle capitalisée, non pas seulement jusqu'à 62 ans, mais en viager compte tenu de l'incidence prévisible
sur la retraite de la victime alors âgée de 45 ans, soit la somme de 179.030,31



, sera approuvée.

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À la perte personnelle de revenus de la victime ainsi chiffrée à 197.958,87



s'ajoute la part compensée par

la pension d'invalidité servie par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne pour un
montant de 182.992,82



, dont 45.899,81



au titre des arrérages échus du 1er août 2011 au 1er novembre

2015 et 137.093,01



au titre du capital représentatif des mensualités à échoir.

Préjudices extra patrimoniaux temporaires

Déficit fonctionnel temporaire

Il est constant que l'indisponibilité temporaire de Madame Marie Elisabeth G. épouse N. a été totale pendant
772 jours et partielle au taux de 60 % pendant 240 jours et de 30 % pendant 173 jours.
L'évaluation du premier juge d'un montant global de 22.261,70



, basée sur l'indemnité d'usage de 23



par

jour d'indisponibilité totale, réduite à proportion du taux d'indisponibilité partielle, sera approuvée.

Souffrances endurées

L'évaluation du premier juge d'un montant de 37.000



, plus que raisonnable pour des souffrances

physiques et morales cotées à 6/7, sera approuvée.

Préjudice esthétique temporaire

L'évaluation du premier juge d'un montant de 4.000



, pertinente pour une cotation à 3/7 de l'altération de

l'apparence de la victime durant toute la période où elle a été dépendante de soins, en hospitalisation ou à
domicile, notamment du fait de la présence de sondes de nutrition artificielle, sera approuvée.

Préjudices extra patrimoniaux permanents

Déficit fonctionnel permanent

L'évaluation du premier juge d'un montant de 42.000



ne fait l'objet d'aucune critique.

Préjudice d'agrément

Madame Marie Elisabeth G. épouse N., qui n'est plus en mesure de pratiquer le tennis et la marche sportive,
justifie avoir joué régulièrement jusqu'en janvier 2009 au tennis-club de VALENTINE, y compris en tournoi
amateur, ce qui permet de lui allouer une indemnité de 10.000



.

Préjudice esthétique permanent

L'évaluation du premier juge d'un montant de 3.000



ne fait l'objet d'aucune critique.

Préjudice sexuel

Les troubles sexuels authentiques dont souffre Madame Marie Elisabeth G. épouse N. sous forme de
vaginisme, certes d'origine non organique, mais psychogènes, n'en sont pas moins en relation avec le fait
dommageable et l'évaluation du premier juge d'un montant de 3.000



apparaît pertinente et sera

approuvée.
***
En définitive, la part revenant à Madame Marie Elisabeth G. épouse N. s'établit à la somme de 395.493,57



(76.273



+ 197.958,87



+ 22.261,70



+ 37.000



+ 4.000



+ 42.000



+ 10.000



+ 3.000



+ 3.000



) et

celle revenant à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne au titre de son recours
subrogatoire s'établit à la somme de 796.472,63



(584.180,31



+ 29.299,50



+ 182.992,82



), à laquelle

s'ajoute l'indemnité forfaitaire pour frais de prévue par l'article L376-1 derniers alinéas du code de la sécurité
sociale, soit la somme demandée de 1.037



.

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La S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO sera donc condamnée au paiement de ces sommes, celle due à
la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne au titre de son recours subrogatoire portant
intérêts à compter de la demande du 24 septembre 2014 pour les prestations servies à cette date et du jour
du paiement pour les prestations versées postérieurement.
Partie perdante, la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO supportera, en complément des frais et dépens
de première instance déjà mis à sa charge, les entiers dépens d'appel, ainsi que les sommes de 3.000



,

2.000



, 1.500



et 1.000



au titre des frais non compris dans les dépens qu'il serait inéquitable de laisser à

la charge respective de Madame Marie Elisabeth G. épouse N., de l'ONIAM, du docteur Yves A.-A. et de la
Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne en application de l'article 700 du code de
procédure civile, sans pouvoir bénéficier de ce même texte.
PAR CES MOTIFS,
LA COUR,
CONFIRME le jugement entrepris, excepté sur le montant de l'indemnité représentative du préjudice
corporel de Madame Marie Elisabeth G. épouse N., sur la somme allouée à celle-ci en réparation de ses
préjudices et sur celle allouée à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne au titre de ses
débours et de l'indemnité forfaitaire de gestion,
Statuant à nouveau,
CONDAMNE la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO à payer à Madame Marie Elisabeth G. épouse N. la
somme de 395.493,57



(trois cent quatre vingt quinze mille quatre cent quatre vingt treize euros et

cinquante sept cents) en réparation de son préjudice corporel et à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie
de la Haute-Garonne les sommes de 796.472,63



(sept cent quatre vingt seize mille quatre cent soixante

douze euros et soixante trois cents) au titre de sa créance subrogatoire, avec intérêts au taux légal à
compter du 24 septembre 2014 pour les prestations servies à cette date et du jour du paiement pour les
prestations versées postérieurement, et de 1.037



(mille trente sept euros) au titre de l'indemnité forfaitaire

pour frais de gestion,
Y ajoutant,
CONDAMNE la S.A.S. CLINIQUE DES CEDRES CAPIO aux entiers dépens d'appel, à recouvrer
directement par la S.E.L.A.R.L. T. & ASSOCIES conformément à l'article 699 du code de procédure civile,
La CONDAMNE à payer les sommes de 3.000



(trois mille euros) à Madame Marie Elisabeth G. épouse N.,

de 2.000



(deux mille euros) à l'ONIAM, de 1.500



(mille cinq cents euros) à Monsieur Yves A.-A. et de

1.000



(mille euros) à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de la Haute-Garonne en application de

l'article 700 du même code.

Le greffier Le président

Décision(s) antérieure(s)

Tribunal de Grande InstanceToulouse4 Juin 2015 12/01584

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