Outils 

pour le 

maraîchage 

biologique

Guide 

de l’Auto-

construction

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L’économie, telle que nous la subissons aujourd’hui, a été 
construite sur une logique erronée. L’économie noble et 
authentique se fonde sur la durabilité, la régulation des 
nécessités vitales indexées sur les ressources disponibles, 
idéalement reproductibles ; ce que la nature sait faire 
merveilleusement et généreusement depuis l’avènement de 
la vie sur terre. Confronté à la réalité tangible et pondérable, 
l’authentique paysan a horreur du gaspillage. C’est du 
moins une caractéristique que j’ai pu constater lorsque 
j’ai travaillé dans les fermes cévenoles encore vivantes. 

Préface

Par Pierre Rabhi

a  pseudo-économie  actuelle  propose  à  l’inverse  un  superflu  auquel  il  n’est 
imposé aucune limite, tandis que l’indispensable est loin d’être acquis pour 
l’ensemble du genre humain, comme en témoignent tragiquement pénuries 
et famines chroniques pour un nombre toujours grandissant d’êtres humains 
sur la planète. L’outil argent, initialement inventé pour faciliter l’échange et le 
troc, est devenu, comme on sait, un instrument d’accumulation et d’accapa-
rement permettant de concentrer de plus en plus les richesses entre les mains 

d’une minorité à laquelle cupidité et avidité donnent un pouvoir discrétionnaire. Celui-ci, 
loin de toute équité, est générateur de détresse par une spoliation légalisée. N’oublions pas 
que la prospérité de l’Occident – exaltée par les Trente Glorieuses – n’aurait pas été possible 
sans la captation et le drainage des matières premières et des combustibles quasi gratuits du 

Tiers-monde. Ces hold-up se poursuivent, avec la complicité de politiques corrompus qui 

en tirent des avantages personnels incalculables. C’est sous la bannière de l’économie et de 
la démocratie que toutes ces laideurs s’amplifient pour une croissance illusoire. En adhérant 
collectivement à un système dont le postulat déclaré est de hausser le niveau de bien-être du 
plus grand nombre par l’abondance, nous cautionnons une logique qui nous prend en otage 
par la dépendance qu’elle génère. Quand comprendrons-nous que ce type d’abondance n’est 
pas la solution, mais le grand problème ?

L

Harmoniser les capacités 

naturelles avec les 

innovations modernes

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Chapitre 1

Introduction   

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   Préface par Pierre Rabhi

ADABio 2012

Je  peux  témoigner  par  exemple  qu’au  Sahel,  dans  les  régions  où  je  suis  beaucoup  inter-
venu comme « paysan agroécologiste sans frontière », les gens disposent de très peu d’argent. 

Et pourtant, ils vivent ! L’évaluation en dollars de leur prospérité n’a, en l’occurrence, pas 

de sens pour eux. Elle procède de la même logique fallacieuse selon laquelle les solidarités 
humaines, les productions dites informelles ou vernaculaires et les activités non marchandes, 
sur le prétexte qu’elles ne sont pas tarifées, n’auraient pas de valeur vitale et ne mériteraient 
pas le beau nom d’économie. C’est ainsi qu’un nombre incalculable d’activités vernaculaires 
et millénaires, avec lesquelles toute société humaine s’est édifiée et perpétuée, en dépit de ces 
évidences, est occulté. Les économistes modernes continuent cependant de considérer toute 
production sans parité financière comme non économique. Ce dogme absolu imposé par 
manipulation mentale à toute la société est à remettre en question. La rareté de l’argent aux 
mains des citoyens y contribuera probablement.

Ces illusions se trouvent également dans le domaine de la technique avec, en particulier, 
la problématique de l’outil, dont il est question dans cet ouvrage. Fascinés par l’efficacité 

des  outils  mécaniques,  électromécaniques,  informatiques  etc.,  nous  ne  percevons  pas  les 
conséquences  négatives  et  insidieuses  de  leur  généralisation.  Les  outils  dépendent  d’une 
source énergétique non maîtrisée, induisant forcément une dépendance de l’usager. Celui-
ci  est  donc  asservi  au  serviteur  dont  il  est  censé  être  le  maître.  Cette  problématique  est 

vraiment sérieuse, car elle détermine l’avenir humain. Une question cruciale se pose alors : 

est-il  possible  de  bénéficier  du  progrès  technologique  sans  en  être  victime ?  Aujourd’hui 
nous pouvons, pour prendre un exemple significatif parmi de nombreux autres, observer 
que la modernisation technique de l’agriculture n’a pas libéré l’agriculteur. Elle a, bien au 
contraire,  généré  un  nombre  croissant  de  dépendances,  en  particulier  vis-à-vis  des  aides 

financières, ainsi que des grands groupes fournissant des paquets technologiques toujours 
plus complexes et nécessitant de faire appel à des experts, le tout générant un endettement 

colossal profitable aux institutions financières au détriment de l’agriculture. L’outil moderne 
a enfermé les cultivateurs dans une dette structurelle, marquant la fin d’une paysannerie 
autonome par la suppression de sa créativité millénaire. Un agriculteur, devenu industriel de 
la terre, a pris la place du paysan, de celui qui tient le pays et qui est tenu par le pays. L’image 
du laboureur peinant derrière ses animaux de trait est considérée comme archaïque et doit 
être éradiquée. Il n’est pas impossible que le recours à cet archaïsme devienne salutaire. Car 
il faut bien admettre que le jour où l’agriculteur ne pourra plus mettre de carburant dans son 
tracteur, son rôle de nourricier s’arrêtera. Ces hypothèses paraissent impossibles pour nos 
esprits. Mais dans le contexte d’un monde où les aléas prolifèrent, aucune probabilité n’est 
à exclure pour des esprits vigilants. Des pratiques techniques simples et séculaires, respec-
tueuses de la nature, fondées autant que possible sur les énergies métaboliques humaines et 
animales, devraient être considérées comme des progrès et non des régressions.

Comme autre innovation à haut risque dans le domaine de la sécurité alimentaire, les OGM 

sont  devenus  l’emblème  de  l’asservissement  définitif  de  l’agriculture  au  profit  des  firmes 

multinationales sans scrupule. Le système actuel tend globalement et insidieusement vers la 
confiscation graduelle de la capacité de l’humanité à se nourrir par elle-même, comme elle 
l’a toujours fait, de génération en génération. Au Sud, les grandes organisations internatio-
nales, les pays développés et les états corrompus ont affamé les peuples en les spécialisant 
dans des productions agricoles exportables, au détriment des cultures vivrières. Soumises 
aux lois des marchés internationaux et à la spéculation, les cultures dites de rente n’ont pas 
permis aux paysans de dégager un revenu viable. Quand aux populations confinées dans 

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Guide de l’autoconstruction   

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   Outils pour le maraîchage biologique

ADABio 2012

Tout est parti d’une promesse à l’emporte pièce, d’une 
rapide discussion de bout de parcelle. Nous n’avions même 
pas pris le soin d’éteindre les moteurs, tracteur pour l’un, 
véhicule de service pour l’autre. Discussion dont nous 
n’aurions pu imaginer les conséquences enflammées.

Introduction

A

près, tout s’est enchaîné. D’un tandem de passionnés, l’énergie s’est alors démultipliée 
chez quelques dizaines d’allumés. Monter des formations à l’autoconstruction. For-
mer. Pire même. Que les producteurs repartent de ces stages avec leurs machines ! Et 

diffuser. Parler de ce que l’on fait, de ce que l’on sait. Susciter l’intérêt. Provoquer l’échange, 
la rencontre.

Écrire un guide. 

Depuis deux ans, nous avons le sentiment de tirer le fil d’une pelote 

infinie. Logique. Le démarrage d’un projet libère souvent une dynamique insoupçonnée. 
Surtout si elle n’a que peu de précédents, du moins dans notre démarche même de diffusion, 
et dans ce secteur d’activité : l’autoconstruction d’outils pour le maraîchage biologique.

l’autoconstruction 

d’outils est une démarche 

d’émancipation

Guide de l’autoconstruction   

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   Outils pour le maraîchage biologique

ADABio 2012

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Les constats et présupposés de départ étaient pluriels. La dynamique d’installation en maraî-

chage biologique est forte, du moins sur la zone ADABio. Cette dynamique est d’autant 
plus à encourager qu’elle est source d’activité agricole gourmande en main d’œuvre, viable 

voire même rentable, sur de faibles surfaces. Les outils sont un des socles de la réussite du 

système de production en légumes biologiques. L’écart peut être énorme entre un parc maté-

riel approprié, au plus juste des besoins, et une gamme d’équipements riche mais décalée. 

Enfin, l’autoconstruction d’outils est une démarche d’émancipation qui a des conséquences 

sur trois niveaux :

- elle peut permettre de diviser par deux ou trois le budget nécessaire à l’équipement du 

maraîcher en installation ou en conversion vers l’Agriculture Biologique. C’est une aide à 
l’autonomie financière ;

- l’autoconstruction permet de disposer d’outils adaptés (souvent inexistants en l’état par 

ailleurs) au contexte de chaque système de production, et apporte une compétence indispen-
sable : un producteur qui sait construire son outil sait aussi l’entretenir, le réparer, le régler, 
l’ajuster, le transformer et peut-être un jour créer son propre prototype. C’est l’autonomie 
technique et la [ré]appropriation des savoirs ;

- enfin, l’autoconstruction se nourrit et nourrit le réseau informel des producteurs biologiques. 

C’est la fonction de liant social, qui n’est pas la moins importante, pour le développement de 
l’Agriculture Biologique ou pour les femmes et les hommes qui y contribuent.

L’idée a donc été d’avancer sur deux axes, complémentaires : formation et diffusion. For-

mation à des compétences, et diffusion des connaissances. Ensuite ? Et bien un stagiaire 
a  été  recruté,  les  premiers  outils  ont  été  recensés,  dessinés,  améliorés,  reconstruits,  vali-
dés, un emploi a été créé, les premières formations ont été lancées, la demande a explosé, 
une  association  dédiée  a  été  montée  pour  accompagner  le  développement  des  activités :  

ADABio Autoconstruction, association de préfiguration d’une future coopérative du même 

nom, et forte d’un conseil d’administration d’initiés motivés et acharnés.

Nous ne nous élevons pas ici en prescripteurs, mais bien comme des passeurs de l’innovation 

collective, au service du développement de l’Agriculture Biologique. Mais ne nous mépre-
nons pas. D’une part, nous n’exposons dans le présent ouvrage qu’une partie des possibles. Il 
reste encore du travail. Et d’autre part, notre propos n’est pas de monter l’autoconstruction 
comme une alternative ferme et unique à l’existant, dans une opposition virile et dualiste. 

Nous contribuons simplement à rendre la démarche d’autoconstruction plus visible, nous 

confirmons qu’elle existe et qu’elle existera. Nous rétablissons l’équilibre, en rendant plus 
lisible l’indispensable complémentarité entre les productions commerciales de série et l’in-
aliénable capacité d’innovation, d’appropriation du producteur.

Souhaitons que ce premier opus réponde à vos intérêts et qu’il vous rende attentif à une 

éventuelle suite. Voire qu’il vous encourage à venir nous rejoindre et à participer à la co-
construction de toutes ces possibilités techniques. Car nous n’allons pas nous arrêter là. Bien 
d’autres réalisations sont à explorer, bien d’autres filières de production sont à envisager. À 
suivre donc. Et en attendant, vous trouverez largement de quoi cheminer tout au long de 
ces pages.

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Chapitre 1

ADABio 2012

Introduction

Sous-titre

Nonescia a sequas utae peliquo elestium et asit as minvelit 
quo corum voles secust faccus, natusdantur, consectia aut 
eium rerumquam utem quassim ollita sinum quae magnien 
tibusdantia quia cuptas quiam dolore laboreniendi denimpe 
rferorem eosande liquatque asimus quas autem doluptame 
velictu  reperiberum  aspita  doluptatia  porest,  ilitis  magnis 
utae. At et apid qui nonseque volorec uptatqui blantius mos 
reritatquia nis dolorion reici a qui ut ipitiunt, sit et volor rest 
experis doluptat quatur ad maiorem quodit omnimilibus.

Hendus. Et dolessequat eleniscia quidellores aut es poreium 
fugit est, ut laut omnit omniet et lani culluptat.

Numquiant odi non nobit rerum ellabo. Optas doluOrrum 
ipis remporae es et aut fugiasperum que idessitat amus, que 
ercid quia nest, te secum at aut voluptas num aut quidere 
videbis  molo  con  et  voles  cor  simus  iditiae  optat  enienti 
orunt, volupta volorio nsecto corum et volorerum autate as 
ullaccum non remque pellaciaesti nonet ea experiam quae-
cab orempor erehene ctotatiis eos destorem fuga. Ut dolupta 
quam, voluptaturia sinvellorest et omnihic ipissi

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Guide de l’autoconstruction   

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   Outils pour le maraîchage biologique

Autoproduction,

 n.f. : 

Production par des 
agents économiques 
de biens ou de services 
à laquelle ils n’ont 
pas normalement 
vocation [...].

Dictionnaire Larousse

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Chapitre 1

ADABio 2012

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Guide de l’autoconstruction   

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   Outils pour le maraîchage biologique

L’autoproduction

réappropriation, 

autonomie et lien 

social

On autoproduit dès que l’on participe directement à 
la production de biens et de services, pour sa propre 

consommation ou celle de son entourage, sans échange 

monétaire

1

. Cela signifie qu’au sein des ménages les 

individus autoproduisent, puisqu’ils font ce qu’il y a 

à faire sans réclamer aux bénéficiaires de contrepartie 

financière. En effet, l’incitation à se mettre à l’action pour 
les siens procède le plus souvent purement du lien social.

est  un  constat  contraire  aux  postulats  avancés  par  l’idéologie  libérale  et  la 
majeure  partie  des  Sciences  Économiques.  Ces  dernières  avancent  qu’au 
moment  d’agir  nous  calculons  nécessairement  les  coûts  et  les  avantages  de 
nos démarches. Et pourtant nous sommes capables de don, de contribution et 
de coopération. C’est donc bien qu’il existe des sphères, des espaces, où nous 
agissons pour des motivations relationnelles, culturelles, sociales ou politiques, 
et non pas seulement économiques.

L’autoproduction peut ainsi concerner tout un chacun. Et cela peut paraître trivial, mais 
vous êtes autonome lorsque vous cuisinez, vous entretenez, vous jardinez, vous réhabilitez, 

toutes ces actions autoconduites au sein de votre sphère domestique. Mais ce sont avant tout 
des expériences collectives, structurées et conscientes d’elles-mêmes que nous avons choisi de 
présenter ici. L’objet de ce chapitre est de montrer les initiatives organisées d’autoproduction 
comme les cultures, les représentations et les implications propres à ces engagements.
Si le lecteur est passablement circonspect devant ces prochaines lignes, les raisons sont peut-
être à rechercher du côté des schémas issus du monde marchand. Car les « évidences » que 
ces  schémas  produisent  ont  durablement  colonisé  nos  imaginaires,  et  peuvent  finir  par 
devenir  naturelles  et  spontanées  chez  beaucoup  d’individus.  Nous  vous  invitons  à  quit-
ter votre scepticisme pour comprendre comment peuvent surgir des activités construites 
d’autoproduction dans un monde décidément administré par l’économie libérale, où les 
possibles semblent restreints à l’échange marchand, la production industrielle, le salariat et 
la consommation.

En  effet,  nous  montrons  ici  qu’il  est  envisageable  de  s’engager  dans  des  contre-cultures, 

urbaines et rurales, en inventant des stratégies de changement, qui participent effectivement 

à la transformation des sociétés.

 Daniel Cérézuelle, Guy Roustang, L’autoproduction accompagnée, un levier de changement, Éditions érés, 2010.

C’

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Introduction   

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   L’autoproduction : réappropriation, autonomie et lien social

ADABio 2012